Dans la
lune
Texte : Pascale de Laveleye
Interprètes : Bernard Cogniaux et Marie-Paule Kumps
Nounours est content, le soir arrive et sa
petite Camille sera bientôt là. Cela fait huit ans qu’il veille
sur elle chaque nuit. Il entends ses pas, et ceux de sa maman,
dans l’escalier.
Claire, la maman de Camille, la borde
affectueusement,
lui lit une histoire et puis lui donne le bisou pour dormir,
celui sur le bout du nez, curieuse habitude !
Une fois la porte refermée, c’est au tour de
Nounours
de s’occuper de la petite fille.
- Et bien ma petite Camille, tu m’as l’air un
peu tristounette ce soir ? Si tu me racontais ?
- Oh ! C’est à cause de l’école …Je suis
nulle…
- Nulle, toi ? Sûrement pas ! Qu’est-ce qui
s’est passé ?
- Eh bien, Madame, elle a dit « Frédéric a 20
billes et Nicolas 10. Multipliez par deux le résultat ».
- Fastoche, ça fait 60 !
- C’est ce que j’ai répondu tout de suite mais
tout le monde a ri et s’est moqué de moi. Madame s’est fâchée
très fort, elle a dit que j’étais toujours dans la lune et même
plus loin, sur Neptune !
Et Julie, ma meilleure amie m’a demandé « Tu le fais exprès ou
t’es vraiment bête ? ! »
- Attends, explique-moi parce que là, je n’y
comprends rien !
- En fait, Madame, elle avait dit « Frédéric a
20 billes et Nicolas 10. Divisez par trois le nombre total de
billes. Multipliez par deux le résultat. » Mais, moi je te
jure, je n’ai pas entendu « diviser par trois le nombre de
billes »…J’étais dans la lune je suppose…
- Dis donc ! T’as une fusée drôlement rapide
pour faire
un aller-retour avec la lune en si peu de temps !
- Oh ! ça va ! Ne te moque pas de moi, toi
aussi !
- Bon, de toutes façons, tu n’es pas nulle
puisque tu avais bien répondu au problème que tu avais
entendu.
Tu as juste été un peu distraite…
- Oui…mais ça m’arrive de plus en plus souvent
!
- Allez, n’y pense plus, il est l’heure de
dormir.
On fait comme d’habitude, on met tous tes soucis
dans une grosse bulle, voilà, et on souffle très fort dessus
pour la faire partir FFFFF….
Et Bonne nuit !
Camille s’endort rapidement et passe une bonne
nuit.
Au matin, Nounours la réveille, elle est en
pleine forme
et de très bonne humeur. C’est Samedi, pas d’école aujourd’hui
! Et cet après-midi, elle ira au goûter d’anniversaire de son
amie Julie.
Elle borde affectueusement Nounours dans son
lit et
lui donne le bisou pour dormir, car s’il est le gardien
de ses nuits, lui, il dort toute la journée !
Il s’endort très rapidement et s’envole au Pays
des rêves mais soudain, il est tiré brutalement de son sommeil.
Quelqu’un, il n’a pas le temps de voir qui, l’extrait sans
ménagement du lit et le met dans un endroit tout noir où
il est secoué dans tous les sens.
« Oh ! Non ! Non ! Pitié, pas la machine à
laver !
Au secours ! La dernière fois, j’y ai perdu un œil et
le bout d’une oreille !
Ah ?! Non, tiens, ce n’est pas la machine à
laver, il n’y a pas d’eau, ni de savon. Mais où suis-je ? ça y
est, j’y suis. Je suis dans un sac, on m’a enlevé ! Mais qui ?
».
Tout à coup, on le sort du sac, il y a une
lumière aveuglante, une odeur bizarre… Et puis il voit sa
petite Camille, sur une sorte lit très étroit. Comme elle est
pâle, elle ne bouge plus.
« Camille ! Camille ! Camille, réveille-toi ce
n’est pas l’heure de dormir voyons !
Pourquoi tu ne me réponds pas, pourquoi tu ne bouges pas, t’es
pas morte j’espère ? »
Claire, la maman de Camille est à ses côtés et
lui tient
la main, elle pleure. Son papa est là aussi, il est avec un
Monsieur tout habillé de blanc. Il lui explique « Camille
prenait son petit-déjeuner quand tout à coup, elle a poussé un
cri puis elle est tombée par terre, inconsciente.
Ses bras, ses jambes bougeaient dans tous les sens,
elle bavait, sa tête tremblait et elle a même fait pipi.
Docteur, que lui arrive-t-il, elle ne va pas mourir,
n’est-ce pas ? »
Le Docteur le rassure, d’ailleurs Camille
reprend connaissance.
« Olala, je me sens toute bizarre, j’ai mal à
la tête. Maman, papa, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je
déjeunais et puis tout d’un coup, je n’ai plus rien vu et plus
rien entendu. Où je suis ? »
" Tu es à l’hôpital, tu as eu un malaise, lui
dit sa maman mais ne t’en fais pas, Papa et moi nous restons
près de toi. Et regarde : Nounours aussi est là ».
Il est six heures maintenant et Camille dort
déjà. Nounours est près d’elle et lui aussi est fatigué. C’est
que les infirmières se sont servies de lui pour expliquer à
Camille tout ce qu’on allait lui faire ! On lui a fait une
piqûre, on lui a mis une perfusion, on lui a collé des espèces
de pastilles sur la tête…et on a oublié de les lui retirer !
Bon tant pis,
il dormira comme ça ! Cette nuit, il n’a pas besoin
de veiller Camille car sa maman est près d’elle, il peut donc
dormir tranquillement dans ses bras.
Le lendemain, Camille est la première
réveillée. « Debout Nounours, il est temps de se lever ! Oh !
Comme tu es rigolo avec tes « bigoudis » sur la tête ! »
« C’est ça, moque-toi de moi ! Allez, fais-moi
un gros bisou et puis tu me les enlèves »
On frappe à la porte, c’est le docteur.
« Bonjour ! Ah ! je vois que notre petite
Camille va mieux. Je vais t’expliquer ce qui t’es arrivé hier.
N’hésite pas à me poser toutes les questions que tu veux.
Est-ce que tu sais ce que c’est un « court-circuit » ? »
« Oui, c’est comme quand maman utilise le
sèche-cheveux et que cela fait sauter les plombs ! Tout devient
noir dans la maison et il n’y a plus rien qui fonctionne.»
« Oui, et bien, toi, tu as eu une sorte de
court-circuit,
en fait une décharge électrique un peu trop forte, dans ton
cerveau : tu as perdu connaissance, tu ne voyais plus rien, tu
n’entendais plus rien, et tu ne pouvais plus contrôler tes
mouvements.
Cela s’appelle une « crise d’épilepsie ».
« Oh ! Alors c’est de ma faute… »
« Ah ? Pourquoi dis-tu cela ? »
«Papa m’a dit hier que j’étais une vraie pile
électrique
car j’étais très excitée à l’idée du goûter d’anniversaire
de Julie»
« Rassure-toi, tu n’y es absolument pour rien
!
Nous ne savons pas toujours ce qui déclenche une crise
d’épilepsie.
Hier, tu as fait une grosse crise mais il existe aussi d’autres
crises d’épilepsie, plus « petites », qu’on appelle
« absence » et qui ne se remarquent pas toujours ;
c’est simplement comme si on était dans la lune ».
« Ah, ça je connais ! »
« Oui, ta maman m’a dit que ta maîtresse
trouvait que
tu étais de plus en plus souvent dans la lune. Il est fort
probable que c’était des petites crises d’absence.»
« Alors, ce n’est pas de ma faute si je
n’entends pas tout
à l’école ? »
« Non, mais maintenant, nous allons te soigner.
Tu devras prendre des médicaments tous les jours, peut-être que
tu devras même en prendre à l’école. Et il faudra venir de
temps en temps me voir pour passer des examens comme ceux
d’hier et vérifier que les médicaments agissent comme il faut.
Je ne peux pas te promettre
que tu ne feras plus jamais de crise mais je peux te promettre
que nous ferons tout pour les éviter. Moi, en dosant au mieux
tes médicaments, toi, en les prenant comme il faut !»
« Mais si cela m’arrive encore, et à l’école en
plus, les autres vont se moquer de moi, ou avoir peur, ou
peut-être qu’ils vont attraper ma maladie ? »
« Même s’ils jouent avec toi, ils ne risquent
absolument rien ! Ce n’est pas une maladie contagieuse ! C’est
vrai qu’une crise comme celle que tu as eu hier est
impressionnante, tes parents n’en sont pas encore remis, et
cela peut faire peur. Mais si tu le souhaites, quelqu’un peut
venir dans ta classe expliquer ce que c’est l’épilepsie et ce
qu’il faut faire pour t’aider si tu as une crise.
Quand on connaît, on ne se moque plus ! As-tu
encore des questions ?»
« Est-ce que je pourrai partir en classe verte
le mois prochain ? »
« Bien sûr ! Tu es une petite fille comme les
autres !
Il suffit que tes parents s’organisent bien avec
ta maîtresse pour que tu prennes correctement
tes médicaments, c’est tout. Bon, maintenant je crois que tu
devrais enlever les bigoudis de la tête de ton Nounours, il a
l’air tout malheureux comme ça !»
« Enfin quelqu’un qui pense à moi !
Sûr qu’avec toute cette colle, je vais devoir passer à la
machine à lessiver ! »
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